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1En novembre 1999, plus de 500 femmes indiennes et métisses du Chiapas, représentantes d’organisations de femmes et d’organisations mixtes, avons réalisé le Forum « Appel des femmes contre la violence, l’impunité et les guerres » [1]. Plus de trois cents dénonciations y ont été enregistrées, ce qui a transformé cet événement en vigoureuse injonction faite au gouvernement de l’État du Chiapas et à celui du Mexique de mettre fin à la situation de guerre et de violence structurelle et contre-insurrectionnelle qui nous a fait tant de mal, à nous les femmes. Nous avions déjà formulé clairement notre position politique auparavant :
« Nous les femmes du Chiapas, nous ne voulons pas continuer à enfanter pour nourrir les armées, ni pour justifier la violence et les guerres […], nous ne voulons pas non plus continuer à fournir la main-d’œuvre bon marché pour les entreprises néolibérales […], nous soutenons les revendications d’autonomie des peuples indiens et la lutte zapatiste, parce que nous croyons à la paix dans la justice et dans la dignité, pour tout le monde. »
3À cette époque, soufflaient jusqu’à nous des vents guerriers chargés de menaces et d’effroi, en provenance des guerres d’intervention au Kosovo et en Iran, mais surtout, d’Acteal, où avait eu lieu fin 1997 le massacre que l’on sait [2].
4Deux ans plus tard, nos craintes – et la terreur – continuaient d’être alimentées par de nouvelles morts, de nouvelles disparitions et le maintien du harcèlement et des menaces militaires et paramilitaires : le futur restait incertain et le silence des zapatistes était d’autant plus angoissant. C’est pourquoi il était si important de faire entendre le plus largement possible notre voix, pour renforcer notre ferme décision de lutte, qui après un long cheminement commença à prendre son envol sous la forme du Mouvement indépendant des femmes (MIM).
5L’un des axes de ce nouveau mouvement est la lutte contre les politiques néolibérales, qui accroissent dans le monde entier l’exploitation, le racisme, la pauvreté extrême et les guerres impérialistes et contre-insurrectionnelles. Le document fondateur du MIM énonce les choses comme suit :
« Nous nous prononçons […] pour un monde plus juste et plus égalitaire, respectueux des Droits de la personne et des souverainetés nationales ; un monde incluant, où toutes les femmes soient en sécurité et respectées, sans violence, sans discrimination, sans guerres, sans racismes, où la faim et la pauvreté n’existent plus […] c’est pourquoi nous nous donnons pour but (notamment) de lutter contre le Plan Puebla Panamá, l’ALCA, le TLC [3] et toutes les politiques et programmes néolibéraux du gouvernement mexicain en faveur des entreprises transnationales et des pays riches (…) »
7Au Chiapas, la guerre contre-insurrectionnelle se poursuit. Elle a pris différents visages : d’abord guerre d’extermination, puis « de basse intensité », selon le nom donné à la stratégie de terreur développée par l’armée mexicaine, enfin, à partir de 2000, quand le gouvernement du PRI cède la place au mal nommé « gouvernement de l’espoir » [4], s’ouvre l’étape actuelle, celle de la guerre occulte. Sans mettre fin au contrôle ni au harcèlement militaires dans la « zone de conflit », le nouveau gouvernement de Fox a appliqué dans les communautés une coûteuse politique « développementiste » – sous forme de programmes assistantialistes – pour essayer de masquer le caractère contre-insurrectionnel de l’actuel gouvernement du Chiapas [5]. Ces « dons » s’inscrivent dans une stratégie clientéliste qui tente d’attirer la population en résistance et de soustraire ses bases d’appui à l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale), en divisant les communautés et en renforçant les affrontements au sein de la population indienne dans chaque région.
8De cette manière, le conflit ne semble plus opposer les zapatistes au gouvernement, mais les bases de soutien zapatistes au reste de la population : priistes [6], perredistes [7], et même certaines organisations, comme l’Aric indépendante [8], qui soutenaient auparavant les insurgé·e·s. D’autres facteurs sont également à l’origine de ces divisions – notamment un certain sectarisme des zapatistes, qui expulsent de leur organisation toute personne acceptant une aide économique officielle. Cependant, la véritable racine du conflit demeure la discrimination raciste que l’État mexicain pratique depuis si longtemps envers les populations indiennes et qui se manifeste aujourd’hui par son refus de reconnaître leur droit à l’autodétermination. En effet, il continue de bafouer ce droit, pourtant inscrit dans les Accords de San Andrés, qu’il a signés en 1996 avec l’EZLN [9].
9Au MIM, nous estimons que la guerre et les politiques développementistes du gouvernement font partie intégrante des stratégies néolibérales pour éliminer les obstacles qui s’opposent au (ou ne garantissent pas le) libre commerce et l’appropriation des ressources naturelles des pays pauvres. Ainsi donc, d’après les paramètres globalisateurs du néocapitalisme, la révolte indienne doit être liquidée à tout prix et par tous les moyens, quel qu’en soit le coût humain. Et c’est avec une grande inquiétude que nous voyons que ces programmes de « développement » du gouvernement chiapanèque vont bénéficier à partir de 2004 d’un apport de plusieurs millions de la part de l’Union européenne. L’argent sera remis directement aux anciennes organisations non gouvernementales, transformées pour la circonstance en véritables entreprises et sociétés anonymes, en une claire opération de cooptation qui vise, à travers ces fonds, à renforcer le projet de développement contre-insurrectionnel. C’est pourquoi :
« Face aux politiques néolibérales du gouvernement du Chiapas, les personnes présentes à cette assemblée du MIM exigeons que […] les projets développementistes soient interrompus et qu’un moratoire soit imposé aux investissements de l’Union européenne […] jusqu’à ce que [comme le définit la convention 169 de l’OIT] les communautés indiennes décident du sort de ces investissements ; […] que l’on cesse la privatisation des services et des ressources au Chiapas et que l’on déroge à la Loi bâillon qui viole notre droit à la liberté d’expression. »
11Ce qui est frappant pour les femmes dans la guerre et dans les politiques néolibérales, c’est que, bien que dans notre immense majorité, nous ne participions pas à leur élaboration ni à leur mise en œuvre, nous avons toujours été les plus affectées par elles, à chacune des étapes et sous toutes les formes qu’ont prises ces agressions contre les peuples. Les femmes indiennes en particulier ont constitué une cible centrale des agressions et de la violence. Leurs corps gardent encore les marques du deuil des êtres chers, des viols et du harcèlement sexuel perpétrés par les militaires et les paramilitaires, de la terreur et des déplacements forcés de dizaines de milliers d’entre elles, obligées de quitter précipitamment leurs foyers, le feu de leur cuisine, leurs lieux sacrés, leurs animaux et leurs morts. Le double visage de la contre-insurrection – dialogue et mort – occulte ses objectifs néolibéraux : il ne s’agit pas seulement de soumettre les insurgé·e·s, mais d’éliminer, ou du moins de réduire à leur plus simple expression, toutes celles et tous ceux d’entre nous qui ne sont pas des consommatrices·eurs et des travailleuses·eurs modernes et rentables pour le marché capitaliste, autrement dit les Indien·ne·s, les paysan·ne·s pauvres et, par conséquent, les femmes qui reproduisons les Indien·ne·s et les pauvres.
12Au Chiapas, nous sommes de plus en plus conscientes de ce que la présence des militaires et paramilitaires et la terreur qu’ils font régner en pillant et en détruisant maisons, bétail et récoltes, en assassinant, enlevant et violant les femmes, que l’introduction de la prostitution et de la drogue, la destruction de nos lieux sacrés, la contamination des lacs et rivières, ou encore les génocides comme celui d’Acteal, qui nous ont transformées en objets et objectifs de guerre, s’inscrivent dans le cadre de la politique impériale globale. Le néolibéralisme a besoin d’éliminer les insurrections et tout ce qui fait obstacle au libre marché, à la soumission de nos peuples au dieu argent et au profit des entreprises multinationales. Nous sommes face à une guerre mondiale commanditée par l’impérialisme entrepreneurial des grandes puissances, qui ont créé les organismes « multilatéraux » pour dominer les gouvernements, soumettre les peuples pauvres à leurs desseins et tenir en échec les instances qui régulaient jadis les relations internationales, comme l’ONU et les tribunaux internationaux de justice.
13Nous dénonçons la diminution des budgets sociaux, qui a augmenté la charge de travail des femmes et renforcé leur vulnérabilité en réduisant leur accès aux services de santé, à la sécurité, à l’école, etc., alors que les budgets militaires augmentent. Au Chiapas, ces budgets militaires incluent une rubrique spéciale, baptisée « biscuits des soldats », qui alimente tout un réseau de prostitution internationale destiné à satisfaire les « besoins » sexuels des soldats, pour le plus grand bénéfice des entrepreneurs et des fonctionnaires corrompus qui gèrent cette affaire – au mépris des problèmes de désintégration familiale et de prolifération dans les communautés de maladies sexuellement transmissibles, en particulier du sida, qui affectent tant les femmes. Nous rejetons les politiques néolibérales qui causent l’augmentation de la pauvreté et de la pauvreté extrême, l’État du Chiapas étant le plus touché de tout le pays par ce phénomène, qui frappe 90 % des femmes indiennes en l’an 2000. Nous savons que cette augmentation de la pauvreté n’est pas sans lien avec une augmentation inédite de la violence sexuelle et familiale, qui a été multipliée par quatre en moins de cinq ans – et qui inclut la généralisation des abus sur des mineures et le développement de la prostitution infantile en ville.
14Nous n’ignorons pas non plus que la pauvreté et la violence, qui ont tellement altéré nos conditions de vie, notre dignité de femmes et la dignité de nos familles, sont étroitement liées au démantèlement de l’économie paysanne dans les zone rurales du Chiapas et particulièrement dans les communautés indiennes. L’écroulement de la production du café, l’importation subventionnée de maïs nord-américain modifié génétiquement ainsi que d’autres produits de base – mettant hors jeu la production paysanne, la privatisation des terres ejidales décidée par le gouvernement de Salinas en 1992 et mise en pratique par le programme PROCEDE [10], ont mené au rachat des parcelles communautaires. Ce processus de privatisation a permis l’expansion de l’agro-industrie néolibérale, avec la protection du gouvernement du Chiapas, ce qui pousse de plus en plus de paysan·ne·s et d’Indien·ne·s à émigrer vers le nord du pays, les États-Unis et le Canada. Les 260 millions de personnes qui émigrent des pays pauvres vers les pays riches jouent un double rôle : elles fournissent une force de travail décisive dans les centres névralgiques du processus productif des mégalopoles, tout en permettant, par l’envoi de l’argent à leurs familles, la consommation de marchandises produite – reproduisant et alimentant ainsi le système impérialiste et ses politiques néolibérales. Dans un pays comme le Mexique, l’incorporation des travailleurs indiens (dont une grande proportion de femmes) aux grands centres de l’industrie d’assemblage (maquiladoras) [11] est un exemple de cette logique.
15Pour les femmes, les conséquences sont graves : non seulement la pauvreté se développe, mais beaucoup d’entre elles se sont retrouvées avec l’entière responsabilité de faire subsister leur famille, alors que la désintégration familiale produit l’augmentation du chômage et de la violence sociale, ainsi que de forts conflits intergénérationnels. Le nombre de familles dirigées par des femmes a augmenté de presque 35 % au cours des quatre dernières années. En conséquence de quoi le nombre de femmes travaillant dans les services et dans le marché informel, en particulier dans celui de l’artisanat, a augmenté d’autant.
16De même, le soutien croissant du gouvernement aux investissements étrangers dans les domaines de l’agro-industrie, de la bio-prospection, du tourisme « vert », de l’industrie pétrolière et de la production d’énergie électrique, a affecté les femmes, en augmentant leur précarité et en renforçant leur crainte de se voir frappées, avec leurs familles, par les expulsions, les expropriations, les ventes forcées et l’épuisement de l’eau.
Réponses des femmes organisées
17La situation extrêmement dure que nous subissons, nous les femmes du Chiapas, ne nous a pas réduites à l’état de victimes ; les changements dans les consciences, dans la participation et dans l’organisation ont été significatifs, surtout à partir de 1994. De la tristesse et de la peur provoquées par la contre-insurrection, beaucoup de femmes ont tiré une créativité, une force et un courage nouveaux, comme l’ont montré les femmes zapatistes en parvenant à empêcher l’entrée de l’armée dans leurs communautés.
18On sait que la subordination des femmes est structurelle, liée historiquement aux habitus culturels – indiens et non indiens. Elle crée des rapports sociaux inégalitaires, l’intériorisation d’attitudes serviles et la formation d’une identité empreinte de dépendance et d’auto-dévalorisation – comme résultat de la violence physique systématique, du racisme, du mépris, de la discrimination, de la marginalisation et de l’exclusion. Malgré cela, les femmes ont une longue histoire de participation aux luttes populaires. D’abord accompagnatrices de nos époux et fils, nous nous sommes progressivement construites, par la pratique politique, comme des sujets capables d’autodétermination face aux événements qui nous affectent. Cette évolution n’a pas été homogène ni totale : beaucoup de femmes chiapanèques sont encore prisonnières des prescriptions normatives transcendantes qui leur assignent le rôle traditionnel de filles, d’épouses et de mères. Cependant, le processus a commencé avec la participation des femmes aux luttes paysannes de la fin des années 70 et s’est accéléré avec le travail de conscientisation réalisé dans le cadre de la théologie de la libération par le Diocèse de San Cristobal, avant de se généraliser et de gagner une légitimité croissante dans les régions des Hautes Terres, du Nord et de la Selva, grâce la présence zapatiste. Finalement, avec la constitution du MIM, l’action des femmes a pris un caractère indépendant.
19Aujourd’hui, la lutte contre le néolibéralisme va au-delà du régionalisme et prend une dimension beaucoup plus large en se rattachant aux luttes continentales et mondiales contre le néo-impérialisme – aussi bien nord-américain qu’européen – qui prennent chaque jour plus d’ampleur. Nos expériences récentes montrent que l’on peut distinguer deux grandes orientations stratégiques dans les luttes populaires des femmes du Chiapas contre le néolibéralisme : d’un côté, les femmes et organisations qui faisons partie du MIM, de l’autre, les zapatistes – combattantes, miliciennes, bases d’appui et société civile. Nous parlerons ici principalement des premières – des positions et des pratiques exemplaires des secondes, nous soulignerons simplement le contenu clairement anti-impérialiste, en parfaite concordance avec la position de l’EZLN. En effet, c’est l’EZLN qui donne le coup d’envoi à la lutte mondiale contre la globalisation, en appelant à une série de rencontres continentales et internationales contre le néolibéralisme, en particulier la Première rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme, réalisée en 1996 au Chiapas. L’appel zapatiste diffusé sur les cinq continents exhorte à lutter :
« Contre l’internationale de la terreur du néolibéralisme, nous devons mettre sur pied l’internationale de l’espoir, l’unité au-delà des frontières, des langues, des couleurs, des cultures, des sexes, des stratégies et des idées de tous ceux qui préfèrent que l’humanité survive. »
21Cette position de l’EZLN a été réitérée constamment depuis, comme l’a fait récemment le commandant Tacho lors de l’inauguration des Caracoles et de l’installation des Conseils de bon gouvernement [12]. De même, à l’occasion de la table ronde « Femme et zapatisme » organisée par le Front zapatiste de libération nationale (FZLN) pour fêter les dix ans de lutte zapatiste, les commandantes Esther et Fidelia ont lancé un appel à toutes les femmes à s’organiser et à participer aux luttes de libération des peuples :
« Pour parvenir à tout cela [la libération et l’émancipation], nous avons besoin de plus d’organisation et de participation, nous devons tenir nos engagements […] il n’y a que comme cela que nous obtiendrons ce que nous méritons […] luttons ensemble, unissons nos forces. »
23De son côté, la Coordination des groupes de la société civile [13], qui soutient les revendications et la lutte zapatiste, en plus d’organiser des blocages de routes et d’autres actions de résistance, a participé à plusieurs reprises à des activités internationales contre la globalisation néolibérale – par exemple, aux manifestations pour empêcher le déroulement de la réunion de l’OMC à Cancun en septembre 2003, ou en mai 2004 à Guadalajara, contre le sommet de l’Union européenne. Rappelons néanmoins que les femmes zapatistes et les groupes qui les appuient ne sont pas organisés en fonction des revendications des femmes, mais intègrent leurs revendications spécifiques dans les actions et les plates-formes mixtes de leurs organisations.
24L’autre versant des luttes contre le néolibéralisme est constitué par les femmes et par les organisations indiennes et métisses du Mouvement indépendant des femmes, qui, comme son nom l’indique, est exclusivement composé de femmes. La lutte contre le néolibéralisme fait expressément partie de ses objectifs, car la situation difficile dans laquelle nous vivons, nous les femmes, en particulier Indiennes, s’est aggravée avec les politiques des organismes multilatéraux et des gouvernements régionaux et fédéraux de notre pays, au service des multinationales, du gouvernement des États-Unis et de l’Union européenne. Certaines des organisations qui font partie du MIM tirent leur origine et leur inspiration pratique de structures ecclésiastiques, comme la Coordination des Femmes du Diocèse (CODIMUJ), Lunatik et Amanecer de la Sierra. D’autres sont des organisations d’artisanes qui cherchent de meilleurs débouchés pour leurs produits, comme les femmes de Jolom Mayaetic de la région des Hautes Terres, les Bordadoras de Semillas de Chilón et les coopératives d’artisanes de Tenejapa, Zinacantán et Chenalhó. D’autres femmes du MIM encore appartiennent à des organisations mixtes, comme celles de Yomblej à Chilón et celles d’Amatán. Enfin, des femmes métisses et membres d’ONG font également partie du MIM [14].
25La position anti-impérialiste du MIM est réitérée en permanence lors de nos assemblées et dans nos communiqués de presse. Dans la pratique, elle s’est exprimée par des mobilisations dans divers lieux de l’État du Chiapas, convoquées par la coordination régionale de l’organisation Convergence d’organisations populaires d’Amérique (COMPA) contre la militarisation, le Plan Puebla Panamá, l’ALCA et le TLCAN. Lors du Forum international contre la militarisation, organisé en 2003, notamment par le MIM, des déléguées de plus de dix pays à la table ronde des femmes ont dénoncé l’actuelle offensive impérialiste du gouvernement nord-américain, en particulier au Moyen-Orient et en Amérique latine, et sa volonté de dépouiller les peuples du tiers monde de leurs territoires, de leurs ressources naturelles et de leur souveraineté. Cette offensive a été qualifiée d’expression maximale de la violence impérialiste et patriarcale, triomphe de l’impunité génocidaire et de la violation des droits de la personne – en particulier des femmes. Nous les femmes, nous avons proclamé pendant des années que le personnel était politique, et maintenant nous affirmons haut et fort que le politique est personnel, que les guerres nous concernent directement et que nous disons NON à la militarisation et aux guerres :
« Dans toutes les guerres, les stratégies des agresseurs nous ont transformées, nous les femmes, en objets et en objectifs, utilisant notre condition de mères et d’épouses pour contrôler et terroriser la population. En Amérique centrale, par exemple, beaucoup de femmes ont disparu, d’autres ont été obligées par l’armée de dénoncer leur maris et leurs fils, de les castrer, d’assister à la mise à mort de leurs enfants à coups de pierres. Beaucoup furent pendues pour l’exemple aux arbres des chemins, leur corps mutilé et leurs ventres de femmes enceintes ouverts, entre autres atrocités qui se sont répétées au Pérou, en Bolivie, en Colombie, au Chiapas et dans d’autres lieux. »
27Cherchant à avoir un impact plus concret sur les effets du néolibéralisme, le MIM, dans le cadre de son Centre de droits des femmes, réalise une recherche sur les formes et mesures de l’accès des femmes à la propriété de la terre. Nous essayons ainsi de mettre sur pied des propositions de lois, des politiques et des stratégies qui garantissent aux femmes la propriété et l’usufruit de la terre ainsi que de tous les biens familiaux, ce qui leur permettrait, le cas échéant, de pouvoir s’opposer aux ventes de terres liées à la contre-réforme agraire et donc de pallier les effets du néolibéralisme en termes de concentration de la propriété et de dépendance alimentaire. Pour cela, nous réalisons depuis deux ans une vaste campagne d’information, de conscientisation et de réflexion sur la nature des politiques néolibérales et ses effets sur notre situation économique et de genre, car nous pensons que la participation des femmes à la lutte contre le néolibéralisme est fondamentale.
28Bien sûr, notre ferme décision et notre engagement de lutte contre le néolibéralisme n’ont pas suffi à arrêter la globalisation et les politiques néolibérales, mais nous ne nous laissons pas dominer par un sentiment d’impuissance. Bien au contraire, nous continuons à appeler de manière urgente toutes les femmes du monde à prendre conscience de leur situation et à s’unir, pour que nos corps et nos maternités cessent d’être mis au service du marché et des grandes puissances.
La France s’enorgueillit du meilleur taux de féminisation de son armée mais ne s’appesantit pas sur l’écart négatif de 12 % de la solde par rapport à celle des hommes.
Le livre s’ouvre sur des « classiques » de femmes opposées aux guerres : « Les promoteurs de la folie de la guerre », écrit par l’anarchiste Emma Goldman en mars 1917, à l’entrée des USA dans la guerre mondiale, la défense d’Hélène Brion à son procès en 1918. « L’accusation prétend que sous prétexte de féminisme, je fais du pacifisme. Elle déforme ma propagande pour les besoins de sa cause : j’affirme que c’est le contraire […] Je suis ennemie de la guerre parce que féministe, la guerre est le triomphe de la force brutale, le féminisme ne peut triompher que par la force morale et la valeur intellectuelle. Il y a antinomie entre les deux. » Par ailleurs elle s’adresse au Comité pour la reprise des relations internationales. « Nous qui n’avons rien pu pour empêcher la guerre puisque nous ne possédons aucun droit civil ni politique, nous sommes de cœur avec vous pour en vouloir la fin. […] Vous n’avez jamais été justes, travailleurs, vis-à-vis des femmes qui vous ont aidé dans vos luttes. […] Si, cette fois encore, vous acceptez le concours des femmes – et vous ne pouvez pas ne pas l’accepter – sans songer à leur faire place au jour des réparations sociales, si vous les conservez serves au lieu d’en faire vos égales d’un point de vue économique, civil et politique, votre œuvre sera entièrement manquée ! »
« Qu’on fasse cesser cette danse des morts ! », s’exclame la syndicaliste Stéphanie Bouvard en septembre 1915. Elle a participé à la création de la Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la liberté. Madeleine Pelletier publie « Mémoires d’une féministe intégrale ». Pinar Selek édite des pamphlets contre l’armée turque.
Une des plus longues occupations de femmes a commencé en septembre 1981par un campement de protestation pacifiste contre l’installation de missiles nucléaires, sur la base Royal Air Force de Greenham Common, à l’ouest de Londres. L’occupation a duré dix-neuf ans, jusqu’au traité entre Reagan et Gorbatchev qui officialisa la fin des missiles de croisière. Le lieu est devenu un parc public avec une exposition historique permanente et un site d’intérêt scientifique.
Guy Dechesne
📹 Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=FEJFY74tVHQ
Provided to YouTube by Pias UK LimitedChien De Guerre · Brigada Flores MagonTout Pour Tous℗ 2007 Machete ProductionReleased on: 2007-11-05Producer: Brigada F...
Colloque : Féminisme ou pacifisme [compte-rendu]
Anne-Marie Granger
Cahiers du féminisme Année 1985 30 p. 22
La guerre en Ukraine détruit (aussi) la nature. Depuis le début du conflit, le ministre de l'Écologie ukrainien tient d’ailleurs un registre des dégâts écologiques provoqués par les affrontements, avec l’intention de traduire la Russie devant la justice pour écocide. Comment les conflits passés façonnent-ils notre environnement présent ? Quel rapport entre les mouvements pacifistes et écologistes ?
Pendant des années, la plupart des pays européens membres de l'OTAN n'ont jamais remis en question l'investissement dans leur propre défense, comptant largement sur la protection et la puissance militaire des États-Unis. Mais la guerre en Ukraine, déclenchée par Vladimir Poutine, a bouleversé la situation.
La production de défense de l'UE a été entravée par le niveau élevé de fragmentation du secteur, de nombreux États membres ayant historiquement favorisé leurs propres industries de défense nationales pour des raisons de sécurité nationale.
Le « Body count », la porte d'entrée de l'extrême-droite.
À la base le terme désigne le nombre de personnes mortes dans une catastrophe, une guerre, un génocide. C'est pas très gai. Mais vous vous en doutez, ce n'est pas de cela que nous allons parler ici. Je vais donc m'attacher à la définition slang du "Body count" qui serait un terme venu avec la génération Z (non pas celle de Zemmour ni celle de Poutine, quoique, vous verrez en me lisant... mais celle née entre 1997 et 2010). Wikipédia anglais nous le définit ainsi : « Un euphémisme pour désigner le nombre de personnes avec lesquelles une personne a eu des relations sexuelles.»
Alors déjà pourquoi la génération Z ? Tout simplement car les rapports hommes-femmes, hommes-hommes ou femmes-femmes ont évolué grâce aux nouvelles technologies. Aujourd'hui, il est plus facile de rencontrer quelqu'un, de nouer des relations, qu'elles soient éphémères ou de longue durée via des applications de rencontres de type Tinder et autres. Ce n'est ni un bien ni un mal. C'est une autre façon d'aborder, de rencontrer, de connaître. Parfois des relations virtuelles se créent via des réseaux sociaux plus classiques car dans tous les cas, derrière le virtuel, il y a surtout des êtres humains qui échangent leurs joies, leurs rires, leurs larmes et leurs solitudes. Et des fois ça matche. Ou pas. Tout comme dans les rencontres de la vraie vie. Mais cette accessibilité des rencontres ne demandant pas un réel effort, c'est-à-dire de s'habiller, de sortir de chez soi, d'aller vers les autres, d'affronter les regards donne l'illusion du nombre. Et qui dit nombre dit chiffrage. De là est né le fameux "Body count". Le chiffrage des relations sexuelles que nous pouvons avoir, une espèce de compétition du sexe. Un peu comme si notre corps gardait en mémoire tous les rapports sexuels d'une vie (spoiler : non ce n'est pas le cas).
Tout cela paraîtra limite de la bonne blague potache, du genre le mec qui tient un carnet avec ses conquêtes (hahaha) ou la fille qui aurait une liste de noms associés à une taille de pénis pour chacun (je ne connais personne qui fait ça au passage). Le problème de l'histoire c'est qu'on a des théoriciens d'extrême-droite qui se sont emparés du concept. Ils ont défini des normes et des limites. Bien entendu, comme par hasard, ces normes et ces limites s'appliquent uniquement aux femmes parce qu'il faut comprendre que le pénis a droit de tremper partout.
Mais cette théorie fumeuse qui dicte la valeur d'une femme aux nombres de ses partenaires est surtout relayée par des jeunes et c'est là que cela devient angoissant. Aucun homme de ma génération ne s'est jamais permis de me poser une telle question et s'il l'avait fait, il aurait volé loin et se serait retrouvé dans l'orbite de la Terre, en remplacement de la Lune. Ça c'est dit. Messieurs, vous savez ce qui vous attend si...
La société française est bloquée, et ses blocages proviennent de son attitude néocolonialiste et patriarcale.
La France est une société militariste. Les budgets énormes qui ont été investis dans les armes expliquent
le retard dans beaucoup d’autres domaines.
Andrée Michel, née en 1920 dans les Alpes-Maritimes, nous a quitté·e·s le 9 février 2022, à Paris, à l’âge de 101 ans. Elle a été, en France, l’une des premières sociologues féministes – s’inscrivant résolument dans la lignée antinaturaliste de Beauvoir. Elle a aussi été l’une des précurseuses de la sociologie des migrations, publiant en 1956 une thèse sur les travailleurs algériens en France, dont, installée à Montreuil à partir des années 1950, elle a partagé le quotidien et soutenu le combat pour l’indépendance nationale, sans hésiter à « porter des valises ».
Adversaire farouche de toutes les injustices, rebelle dans l’âme et d’une profonde éthique, Andrée Michel a été une militante et une théoricienne enthousiaste et infatigable, d’une générosité remarquable et d’une modestie frappant. Antimilitarisme, internationalisme et anticolonialisme ont structuré son féminisme, lui donnant toute son originalité et sa puissance.
À titre de premier femmage, rappelons quelques éléments clés de son travail intellectuel et de ses engagements
(...)
PDF : https://doc.emancipation.netlib.re/file/snake-wasp-bee
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Retraité·e, étudiant·e, chômeur·se, parent, agriculteur·ice ou bénéficiaire de l’Assurance maladie : quelle que soit notre situation, nos données les plus intimes viennent nourrir des dizaines d’algorithmes dont la tâche est d’évaluer notre intégrité. Ces algorithmes nous comparent en continu à des listes de « profils-types » de suspect·e·s: chômeur·se dilettante, précaire mal-intentionné·e, mère isolée, retraité·e friand·e de voyage, handicapé·e mensonger·ère, agriculteur·rice paresseux·se ou encore malade malhonnête.
C’est à l’avènement d’une véritable version « libérale » du système de crédit social que nous assistons. Si elles diffèrent des projets de régimes autoritaires assignant une note unique à chaque citoyen·ne sur laquelle se baserait l’ensemble de nos interactions avec les administrations, les logiques de contrôle à l’œuvre dans les régimes libéraux, faites d’une multitudes de scores gérés par différentes administrations, n’en sont pas moins violentes et génératrices d’exclusions.
"Nous n’avons pas envie d’être contrôlables par quelque « Big Brother » que ce soit. Qu’il existe déjà ou que l’on anticipe son émergence, le mieux est sans doute de faire en sorte qu’il ne puisse pas utiliser contre nous, tous ces merveilleux outils que nous offrent – ou que lui offrent – les technologies modernes. […]
Malgré la propagation d’un sentiment d’impuissance, ces différentes révélations sur l’état de la surveillance numérique rendent d’autant plus nécessaire de se donner les moyens de la comprendre et d’adapter ses pratiques en conséquence."
Face à ces constats, la seule voie praticable semble être de devenir capables d’imaginer et de mettre en place des politiques et des stratégies de réduction des risques adéquates.
Tout l’enjeu de ce guide est de fournir cartes et boussole à quiconque veut cheminer sur cette route.
Un livre à lire, relire, pratiquer, en solitaire ou à plusieurs, à faire découvrir et à partager… ou comment affiner l’art de la navigation dans les eaux troubles du monde numérique.
Partout dans le monde, les droits des femmes reculent, sous la pression de mouvements anti-droits qui poussent leur agenda de régression. Comment combattre ce "backlash" ?
Un rapport conjointement élaboré par Equipop et la Fondation Jean-Jaurès fait le point, avec un double objectif : alerter les pouvoirs publics sur les atteintes aux droits des femmes, et plus largement aux droits humains, et soumettre des recommandations en faveur d’une politique étrangère féministe de la France.
Pour en débattre, une conférence réunit :
- Lucie Daniel, experte plaidoyer, Equipop ;
- Clara Dereudre, assistante plaidoyer, Equipop ;
- Delphine O, ambassadrice, ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ;
- Laurence Rossignol, vice-présidente du Sénat, sénatrice de l’Oise ;
et est animée par Amandine Clavaud, directrice des études, directrice de l’Observatoire Égalité femmes-hommes de la Fondation Jean-Jaurès.
Retrouvez le rapport sur le site de la Fondation Jean-Jaurès : https://www.jean-jaures.org/publication/droits-des-femmes-combattre-le-backlash/
Défaire l'hégémonie des hommes dans la lutte
Les milieux militants gauchistes n'échappent pas au joug du patriarcat. Persiste dans la lutte et ses lieux, une répartition genrée des taches, une mise à l'épreuve constante des femmes et leur objetivisation. Alors comment se défaire de l’hégémonie des hommes dans la lutte ? C'est la question à laquelle nous répondons avec Clara Schildknecht autrice du livre Hardi, compagnons ! aux éditions Libertalia et le collectif féministe les Murènes.
Fichier de l'épisode
https://audio.ausha.co/omwanUAer3PX.mp3?t=1685608554
Repenser l’antimilitarisme aujourd’hui
Si l’Europe et les États-Unis vivent globalement en paix sur leur territoire depuis la Seconde Guerre mondiale ce n’est pas le cas du reste du monde : Syrie, Yémen, République démocratique du Congo, pour ne citer que quelques pays. Pourtant les signes de la guerre chez nous n’ont pas disparu, et la France connaît une militarisation importante, permise notamment par l’état d’urgence, que les attentats ont légitimé y compris au sein de la population. Mais plus encore que chez nous, c’est chez les autres que nous exportons la guerre : matériel militaire, opérations militaires, en Libye, au Mali, en Irak, néo-colonialisme pour capter les richesses etc. Il ne faut donc pas se laisser tromper par notre situation européenne : si nous vivons en paix ce n’est pas le cas de l’humanité en général, et la guerre permanente qui est conduite dans le monde est bien souvent le fait de nos gouvernements. Et même si la guerre n’est pas d’actualité chez nous il n’en est pas de même de l’esprit militaire.
Aujourd’hui, la militarisation a bonne presse : les soldats patrouillent, les reportages chantent les louanges des soldats français en mission, les campagnes de publicité ont pignon sur rue. En 2016 87% des Français avaient encore une bonne opinion de l’armée, en faisant la deuxième institution la plus appréciée après l’hôpital. Pourtant qu’en sait-on réellement ? Les données sont dures à trouver du fait d’une interdiction de l’ethnographie ou des travaux qualitatifs, les scandales sont étouffés en interne et nous sommes donc condamnés à ingurgiter la vision officielle, celle qui défile sur les Champs-Élysées le 14 Juillet. Dans ces conditions la critique éclairée est devenue difficile.
Que reste-t-il alors de l’antimilitarisme ? Presque rien. Il est pourtant fondamental de lui ré-insuffler la vie.
Qu’est-ce que l’antimilitarisme ?
(...)
Alors que les bombes pleuvent toujours sur Gaza, alors que le gouvernement français s'avère complice de l'État israélien par son laisser-faire diplomatique et son soutien actif à l'industrie de l'armement et de la surveillance, nous sommes solidaires des Palestiniens et Palestiniennes
Amandine Zelle accueille Claudy Vouhé et Joëlle Palmieri autour des micros et par téléphone pour évoquer les luttes des femmes contre les guerres, leurs places dans les conflits armés, et dans les processus de paix. Le blog de Joëlle Palmieri Collectif 8 mars Angoulême Charente L'associati...